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REVUE DE PRESSE
Journal "Le progrès" du 14 avril 2008


Le Jura est-il encore le pays du jouet en bois ?

S'il a trouvé des tourneurs jurassiens capables de réaliser les formes de son nouveau jeu, Philippe Evrard, créateur installé à Arlay, cherche encore des artisans capables de colorer les différentes pièces

A 43 ans, Philippe Evrard est atypique dans le monde du jouet. Après avoir vendu des brosses à dents, il passe un DESS en sciences du jeu à Paris.
Diplôme en poche, il part en stage aux USA, travaille cinq ans chez Panini et finit par intégrer une start-up lyonnaise « Fagoë ». Là, il crée plusieurs jeux avant que la société n'implose.

Après avoir travaillé un temps pour Ouaps, il se lance à son compte. En 2003, il créé à Arlay Incredible Toys, société chargée de créer des concepts pour l'industrie du jouet. Après avoir vendu une autruche à Berchet et des peluches à Lansay, il décide d'éditer lui-même ses propres jouets sous la marque « Little Biscotto ». Ainsi naît son premier jeu « Piranha Circus » qu'il veut à tout prix fabriquer intégralement dans le Jura. C'est là que les choses se gâtent…

Piranha Circus, c'est un jeu d'équilibre en bois composé d'une base et de petits poissons de toutes les couleurs qu'il faut assembler pour construire une pyramide. Jeu d'adresse, de réflexion au design signé Philippe Hamelle, une patte reconnue dans le métier.

Son projet en poche, Philippe Evrard file au salon de Essen où il trouve un éditeur. Son jeu sera distribué sous licence dans une dizaine de pays à condition qu'il trouve l'entreprise capable de réaliser les différentes formes et l'artisan pour faire les couleurs : « Les Jurassiens sont capables de réaliser les formes avec des machines numériques, mais il me faut 60 000 poissons pour 3000 boites. Si on multiplie les quantités par dix, les limites de production seront vite atteintes. Comment faire si le jeu marche ? »

Côté couleurs, c'est pire : « Ils n'ont jamais vraiment travaillé les couleurs, je doute de leurs capacités à régler ces problèmes. Aujourd'hui, je m'apprête à les faire peindre en Allemagne, ici on n'a pas la technologie suffisante, les coloristes sont partis en retraite, c'est une défaite au long cours. »

Que reste-t-il de cette belle volonté de tout faire dans le Jura ? Pas grand chose, comme un mirage qui passe : « Je suis venu m'installer ici parce que, même si le nombre des tourneurs diminue, il reste un substrat de savoir-faire. J'espérais pouvoir réveiller ce petit tissu industriel par des projets nouveaux, je l'espère encore mais l'accueil est surprenant. Le Jura n'est pas opérationnel, mais il est très important d'arriver à créer ici des projets nouveaux. »

La version finale de Piranha Circus doit être présentée à Essen en octobre, Philippe Evrard doit donc avoir trouvé des solutions pour le mois de mai. C'est encore faisable.

Armand Spicher
aspicher@leprog

 

FR3 Franche-Comté

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Journal "Le Progrès" du 14 avril 2008

 

Le Jura est-il encore le pays du jouet en bois ?

S'il a trouvé des tourneurs jurassiens capables de réaliser les formes de son nouveau jeu, Philippe Evrard, créateur installé à Arlay, cherche encore des artisans capables de colorer les différentes pièces. A 43 ans, Philippe Evrard est atypique dans le monde du jouet. Après avoir vendu des brosses à dents, il passe un DESS en sciences du jeu à Paris. Diplôme en poche, il part en stage aux USA, travaille cinq ans chez Panini et finit par intégrer une start-up lyonnaise « Fagoë ». Là, il crée plusieurs jeux avant que la société n'implose.

Après avoir travaillé un temps pour Ouaps, il se lance à son compte. En 2003, il créé à Arlay Incredible Toys, société chargée de créer des concepts pour l'industrie du jouet. Après avoir vendu une autruche à Berchet et des peluches à Lansay, il décide d'éditer lui-même ses propres jouets sous la marque « Little Biscotto ». Ainsi naît son premier jeu « Piranha Circus » qu'il veut à tout prix fabriquer intégralement dans le Jura. C'est là que les choses se gâtent…

Piranha Circus, c'est un jeu d'équilibre en bois composé d'une base et de petits poissons de toutes les couleurs qu'il faut assembler pour construire une pyramide. Jeu d'adresse, de réflexion au design signé Philippe Hamelle, une patte reconnue dans le métier.

Son projet en poche, Philippe Evrard file au salon de Essen où il trouve un éditeur. Son jeu sera distribué sous licence dans une dizaine de pays à condition qu'il trouve l'entreprise capable de réaliser les différentes formes et l'artisan pour faire les couleurs : « Les Jurassiens sont capables de réaliser les formes avec des machines numériques, mais il me faut 60 000 poissons pour 3000 boites. Si on multiplie les quantités par dix, les limites de production seront vite atteintes. Comment faire si le jeu marche ? »

Côté couleurs, c'est pire : « Ils n'ont jamais vraiment travaillé les couleurs, je doute de leurs capacités à régler ces problèmes. Aujourd'hui, je m'apprête à les faire peindre en Allemagne, ici on n'a pas la technologie suffisante, les coloristes sont partis en retraite, c'est une défaite au long cours. »

Que reste-t-il de cette belle volonté de tout faire dans le Jura ? Pas grand chose, comme un mirage qui passe : « Je suis venu m'installer ici parce que, même si le nombre des tourneurs diminue, il reste un substrat de savoir-faire. J'espérais pouvoir réveiller ce petit tissu industriel par des projets nouveaux, je l'espère encore mais l'accueil est surprenant. Le Jura n'est pas opérationnel, mais il est très important d'arriver à créer ici des projets nouveaux. »

La version finale de Piranha Circus doit être présentée à Essen en octobre, Philippe Evrard doit donc avoir trouvé des solutions pour le mois de mai. C'est encore faisable.

Armand Spicher
aspicher@leprogres.fr
 

 

Journal "France Soir" du 17 avril 2008

 

Il crée sa fabrique à Arlay

Par ses créations originales, Philippe Evrard remet le jouet en bois au goût du jour et le Jura à l’honneur

 

Installé dans le Jura depuis un an et demi, Philippe Evrard a un parcours atypique. D’abord vendeur de brosses à dents, mais depuis toujours passionné par les jouets, il décide de sauter le pas et, en 1992, se lance à 27 ans dans un DESS de sciences du Jeu à Paris-XIII. Son diplôme en poche, il part aux Etats-Unis découvrir l’univers du jouet américain. « Un autre monde, beaucoup plus ciblé sur la télévision et la publicité », raconte-t-il. Après avoir travaillé pour plusieurs entreprises, il monte sa propre société, Incredible Toys, à Arlay, dans la région de Lons-le-Saunier. Et décide d’éditer lui-même ses propres jouets en bois sous la marque Little Biscotto. Le premier-né de ce projet est un jeu d’équilibre nommé Piranha Circus. Il s’agit d’empiler des poissons, l’un mordant la queue du suivant et ainsi de suite, pour créer, par emboîtement, une pyramide susceptible de tomber à tout moment. De quoi amuser les plus jeunes et creuser les méninges des plus vieux. Un second jeu est en préparation, Pig Business, jeu de gestion où des petits cochons banquiers cherchent à conquérir les places boursières mondiales. Parmi les nombreuses idées qui trottent dans la tête de ce passionné, l’envie de créer un « bar à jeux » dans l’ancien bistrot qu’il a racheté. Pour passer des soirées à partager cette passion qui est la sienne.

 

L’installation dans le Jura relève d’un vrai choix pour Philippe Evrard. « C’est le berceau historique de la production du jouet, le seul département français à savoir travailler le bois comme ça », assure-t-il. Tourneurs, tabletiers et artisans sont encore présents pour perpétuer cette tradition de plus de 50 ans. L’idée de départ était simple : créer un produit 100% local, de la conception à la réalisation. Non seulement parce que « c’est une aberration d’aller faire fabriquer des jouets à l’autre bout de la planète », mais aussi parce qu’ »il faut que l’économie locale vive ». Surtout après le redressement judiciaire qu’a connu le géant Smoby et les nombreux licenciements que cela a entraîné dans les environs. Par des créations originales et à son échelle, Philippe Evrard tente d’entretenir une tradition régionale qu’il ne veut pas voir disparaître.

 

Cette volonté de tout faire fabriquer dans le Jura se heurte cependant à de nombreuses difficultés. Tout d’abord le problème de la production. Les artisans locaux sont capables de fabriquer les pièces, mais dans des proportions raisonnables. Comment faire si le jeu marche ? Ensuite le problème de la coloration des pièces. En effet, même si la région est historiquement réputée pour son travail du bois, elle ne l’est pas pour son art de la couleur. Voilà six mois que ce créateur se penche sur le problème avec certains artisans locaux pour, comme il le dit, « retrouver le secret de la couleur ». Un défi majeur qui devrait être prochainement résolu pour que le projet puisse être présenté aux distributeurs, et ainsi participer au célèbre salon des jeux d’Essen, en Allemagne. Espérons qu’il y rencontrera un franc succès.

 

Camille Gautier